J'ai commencé à me préoccuper des mécanismes de la
technique de l'EQUIVOQUE, aux alentours de mes 10 ans. Il y
avait si peu d'informations disponibles sur ce sujet, que je fus
obligé d'élaborer mes propres principes basés sur une recherche
menée de façon empirique. Comme c'est souvent le cas, le
manque m'obligea à une connaissance du sujet probablement
plus importante que ce qu'elle aurait été avec l'étude de manuels
si ceux-ci avaient été disponibles...


Etant donné ce qui précède, pourquoi avoir écrit un tel manuel
moi-même? La réponse est que j'espère que mon travail dans ce
domaine aidera d'autres dans leurs propres recherches, tout en
sachant très bien que la lecture de ce manuscrit ne remplacera
jamais l'expérimentation personnelle du lecteur. Etudier, bien
apprendre est une chose difficile, mais transcrire des procédés
n'est pas facile non plus... Pris seul, cet essai n'a pas de sens,
mais combiné avec vos propres idées et votre propre expérience,
ce traité peut devenir un appoint précieux dans votre propre
approche de l'utilisation de l'EQUIVOQUE.
Boston Mass. 1976.


Sachant combien cette technique est utile, il est surprenant de
voir, combien il a été peu écrit sur le sujet... Le plus souvent
l'Equivoque, est évoquée en quelques brèves phases, et encore
quand elle l'est... La seule approche écrite concernant le "choix
du magicien" faite avec intelligence et minutie, est celle de Gene
Grant, dans son excellent opuscule de 1956 "Phantini's mental
key". Grant appelle son approche le Phantinisme, et l'ensemble
est très bon. Mes propres travaux dans ce domaine vont un peu
plus loin, dans les détails, et je vous propose, de l'analyser de
façon explicite. Avant de commercer, je veux redire que mon
approche de la technique de l'Equivoque n'est ni la seule
possible, ni forcément la meilleure, car comme tout ce qui touche
à la présentation les choses qui marchent merveilleusement avec
celui-ci, ne sont pas forcément "la solution" pour celui-là... Je
vous suggère donc d'étudier ma propre analyse et ma propre
technique et de les appliquer, par la suite à votre propre
tempérament. Ainsi quand vous développerez votre propre
approche, vous aurez un outil prêt à vous servir dans un nombre
incalculable de situations, PAR ESSENCE même l'EQUIVOQUE,
est un procédé de forçage psychologique aboutissant à deux
interprétations possibles.

Le spectateur doit choisir un objet parmi un petit groupe d'objets.
Son choix est guidé par différents facteurs psychologiques.
Lorsque c'est nécessaire on utilisera, un procédé dit de
"limitation" des possibilités de choix, dans lequel les actions du
spectateur sont véritablement MANIPULEES par des instructions
qui semblent précises, mais qui se prêtent en fait à des multiples
interprétations. Quand une personne est confrontée avec une
rangée horizontale d'objets, et qu'on lui demande d'en prendre
un, son choix n'est pas complètement abandonné au hasard.
Disons par exemple que le nombre d'objets avec lequel nous
allons travailler est de 5. Dans une rangée de A, B, C, D, E, l'objet
situé en C ne sera presque jamais choisi, parce que Sa place
centrale en fait un choix trop évident pour le subconscient du
spectateur.

Pour la même raison, le spectateur n'aura pas de
propension à choisir les objets A ou E parce qu'ils se trouvent au
bout de la rangée, ces choix étant trop évidents... le spectateur se
laissera plutôt aller à choisir les objets B ou D. De plus si le
spectateur est droitier il y a une petite chance supplémentaire
qu'il prenne l'objet D, alors qu'un gaucher aura une propension
naturelle a se saisir de B. (note du traducteur : Notez qu'on ne
demande pas de "choisir" mais de "prendre").

Le subconscient du
spectateur l'amène à se méfier des objets dont la position est trop
"évidente : centre, extrémité, et c'est cette méfiance qui va
l'amener à tomber dans vos filets...'"

Je ne commencerai pas en discréditant l'usage de matériels
sophistiqués car certains valent, certes, la peine qu'on les utilise,
néanmoins je maintiens qu'il est absolument nécessaire pour le
mentaliste professionnel de se tenir à l'écart de toute dépendance
d'objets dont on espère qu'ils vont marcher, pour accomplir son
numéro. Le regretté Théo ANNEMAN disait, à propos de l'art du
mentalisme, c'est une lutte entre votre esprit et celui du
spectateur, en lui disant de faire comme il veut, tout en l'amenant
à faire ce que VOUS voulez qu'il fasse.

Aucune, autre technique n'est probablement aussi pure dans le
domaine du mentalisme que celle de l'EQUIVOQUE ou : ''choix
du magicien".

L'EQUIVOQUE est l'un des outils les plus utiles du mentalisme,
quand on sait s'en servir correctement. Mal faite, l'équivoque
apparaît comme désarmante de naïveté à votre public, mais bien
faite, c'est de la pure transmission de pensée. . et ce sans
accessoires... Chaque menlaliste, a été approché hors de scène
par quelqu'un lui demandant : " lisez ma pensée, sur le champs".
L'équivoque est la réponse parfaite à cette mise en demeure.

Simplement avec une poignée de pièces de monnaie, ou
quelques objets qui restent sur la nappe après un dîner, le
mentaliste, peut, en appliquant les techniques du
conditionnement verbal "donner l'impression d'une lecture de
pensée à l'observateur le plus critique..."

Nous allons donc prendre avantage au maximum de cette
préparation psychologique, tout en nous protégeant, en ouvrant la
porte d'un procédé de limitation pour le cas ou le choix initial du
spectateur se révélerait être mauvais ..
Autrement dit si la nécessité se fait sentir de faire faire au
spectateur d'autres choix, il faudra lui donner l’impression que
telle était notre intention depuis le tout début. II nous faudra
également déguiser le fait que ces nouvelles instructions sont
données APRES son premier choix.

Pour nous aider dans cela, nous utiliserons une technique que
l'on peut nommer "conditionnement verbal".' C'est une façon de
donner des instructions qui prêtent à différentes interprétations...
et de plus, permet un maximum de "flexibilité" dans le cas ou l'on
serait obligé d’entamer le processus d'élimination. De plus cela va
convaincre votre spectateur que toutes vos instructions sont
précises et délibérées, alors qu'en fait rien n'est plus faux. Enfin,
cela incite le spectateur à être moins sur ses gardes, et par là
même augmente votre contrôle sur Iui, et sur ses actions.

Avant d'expliquer ce conditionnement verbal, laissez moi faire
une petite digression : il y a certaines situations dans lesquelles
les objets à choisir seront extrêmement différents. Dans ce genre
de situations, certains objets peuvent ressortir du lot, à cause de
leur forme, de leur taille ou de leur couleur. De tels objets ne
doivent JAMAIS être pris comme objets à forcer, parce que trop
évidents.

Pour le propos de notre étude, nous allons supposer que les
objets à choisir sont des pièces de monnaie. Par exemple : 5ct,
50 ct,1F,2F, 5 F. La pièce de 5 F est trop évidente parce que c'est
la plus grande et celle qui vaut le plus, d'un autre coté .la pièce de
5 ct est celle qui vaut le moins et de plus elle est de couleur
différente. Le spectateur l'ignore, mais son choix est déjà de ce
fait réduit à trois pièces : 50 ct, 1F, ou 2F. Son premier choix ira
entre ces trois pièces et comme la pièce de 2F, a un dessin
hexagonal, qui la rend trop "différente, on peut dire qu'entre 50ct
et 1F, c'est encore la pièce de 1F qui a le plus de chances d'être
choisie parce qu'ayant plus de valeur et étant la plus courante.

Donc nous allons mettre tout en œuvre pour forcer la pièce de
1F. Nous la placerons en position D. la raison pour laquelle nous
allons la mettre en D sera expliquée sous peu. Maintenant, de
façon à déplacer le choix du spectateur vers la droite de la
rangée, lors de son premier choix, nous placerons les 5 ct et les 5
F en A et B de cette façon quand le 'spectateur s'approche de la
rangée, son subconscient, l'emportera hors de l'extrême gauche,
il va sans dire que les pièces seront placées sur la table, dans
cette position tout à fait par hasard, négligemment. Tout doute ou
repentir, sur la position des pièces donnerait l'alarme. II faut que
le spectateur ait l'impression que vous sortez une 'poignée de
pièces de la poche, et que vous les mettez n'importe comment
sur la table

La prédiction est alors faite. Vous pouvez au choix écrire la mot 1
F sur un petit bout de papier ou conserver dans le poing gauche
une deuxième pièce de 1 F. Maintenant vous allez pouvoir
commencer le test, mais avant de lui donner vos premières
instructions, vous commencez votre conditionnement verbal.
Voici un aperçu de ce que je dis dans ce cas là :
"Vous avez devant vous une rangée de pièces. Dans un moment
4 de ces pièces SERONT ELIMINEES, car j'ai seulement besoin
d'une pièces pour aller avec ma prédiction. II est certain qu'il y
beaucoup de facteurs psychologiques susceptibles de vous attirer
vers une pièce plutôt que vers une autre.

Les 5 ct sont les seuls a être dorés, la pièces de 5 F est ta plus
grosse, la pièce de 1 F est la seule à être du côté face, la pièce
de 2 F a un dessin hexagonal inhabituel, la pièce de 50 ct a été
placée au milieu. Les dessins sur chaque pièce sont différents, et
peuvent plus ou moins vous plaire. La lumière peut accrocher
l'une des pièces plus que les autres et la rendre plus brillante de
l'endroit où vous êtes assis. L'un dans l'autre ces pièces sont
liées à des dizaines facteurs psychologiques, mais vous serez
d'accord qu'ils sont si nombreux qu'ils s'annulent plus ou moins
tous les uns les autres, et que certains peuvent vous parler et
d'autres pas...nous sommes bien d'accord ?..."


Analysons maintenant cette petite duperie :

Premièrement notez que nous n'avons jamais dit qu'une pièce
serait choisie, nous avons dit au contraire que 4 seraient
éliminées. Et la phraséologie, introduit de façon sous-jacente le
processus d'élimination, pour le cas où vous auriez à l'utiliser.
Notez aussi l’usage de la phrase, "car j'ai seulement besoin d'une
pièce''. Là encore la phraséologie est importante pour le cas ou
nous aurions à entamer le processus d'élimination. Vous êtes en
train de tendre votre toile, pour un éventuel besoin d'interprétation
multiple.
Observez que dans toute la mise en condition, les mots
sélectionnez, choisissez, prenez ne sont jamais employés Ils sont
tous sous-entendus par le mot "attirer" On se sert seulement du
concept complémentaire "D'ELIMINATION".

Encore une fois nous construisons une ambiance propice à de multiples interprétations.

Ce monologue d'introduction a d'autres dessins : il établit l'idée
que vous contrôlez la situation et notez que vous n'avez toujours
pas dit clairement avec précision au spectateur ce qu'il devait
faire. Le spectateur sait qu'un choix est sur le point d’être fait,
mais il attend encore vos ordres. Psychologiquement, le
spectateur se sent juste un peu perturbé et est prêt à accepter
votre autorité pour le sortir de cette confusion, autrement dit... il
est à point. II est mur...

Notez 'aussi que ce petit monologue tend à établir le fait
(notoirement faux) que vous n'avez aucun avantage
psychologiquement dans la situation. C'est un argument
convaincant qui tend a endormir sa méfiance et en même temps
ajoute à sa confusion. Si le sujet a démarré le test avec l'idée de
vouloir être plus malin que le mentaliste, cette idée doit
actuellement être chassée de son esprit.

Vous avez lors de ce petit speech parlé plus qu'il était 'nécessaire
pour convoyer l'information, afin d'achever d'embrouiller le
spectateur. Vous êtes en train de bâtir quelque chose qu'on
pourrait appeler l'effet de bourdonnement, autre ment dit en
parlant beaucoup trop, vous obligez le spectateur à un effort pour
séparer le fond du discours de sa forme.

Là encore, 'vous fabriquez la charpente d'une future interprétation multiple. D'où le
terme de conditionnement verbal. Le spectateur n'est donc plus
sur ses gardes, et vous allez pousser un peu plus loin dans cette
direction en lui disant : " relaxez vous". A l'instant ou vous dites
ces mots, le sujet va naturellement dans la direction opposée, et
fera tout pour rester maître et conscient de lui-même, sachant
que quelque chose d'important est sur le point de se produire, et
qu'il va en être l'acteur...

Notez, aussi l'usage de la phrase : «car j'ai seulement besoin
d'une pièce ». Là encore la phraséologie est importante pour le
cas ou nous aurions à entamer le processus d'élimination. Vous
êtes en train de tendre votre toile, pour un éventuel besoin
d'interprétation multiple.

Observez que dans toute la mise en condition les mots :
sélectionnez, choisissez, prenez, ne sont jamais employés, ils
sont sous-entendus par le mot «attirer». On se sert seulement du
concept complémentaire D'ELIMINATION. Encore une fois, nous
construisons une ambiance propice à de multiples interprétations.

Ce monologue d'introduction a d'autres dessins : il établit l'idée
que vous contrôlez la situation, et notez que vous n'avez toujours
pas dit clairement avec précision au spectateur ce qu'il devait
faire. Le spectateur sait qu'un choix est sur le point d'être fait,
mais il attend encore vos ordres.

Psychologiquement, le spectateur se sent juste un peu perturbé, et est prêt a accepter
votre autorité pour le sortir de cette confusion. Autrement dit... il
est à point ... il est mur ...

Notez aussi que ce petit monologue tend à établir le fait
(notoirement faux) que vous n'avez aucun avantage
psychologique dans la situation. C'est un argument convaincant
qui tend a endormir sa méfiance et en même temps ajoute à la
confusion. Si le sujet a démarré le test avec l'idée de vouloir être
plus malin que le mentaliste, cette idée doit actuellement être
chassée de son esprit.

Vous avez lors de ce petit speech parlé plus qu'il n'était
nécessaire pour convoyer l'information, afin d'achever
d'embrouiller le spectateur. Vous êtes en train de bâtir quelque
chose qu'on pourrait appeler «l'effet de bourdonnement»,
autrement dit en parlant beaucoup trop, vous obligez le
spectateur à un effort pour séparer le fond du discours de sa
forme. Là encore, vous fabriquez la charpente d'une future
interprétation multiple. D'où le terme de «conditionnement
verbal».

Le spectateur n'est donc plus sur ses gardes et vous allez
pousser un peu plus loin dans cette direction en lui disant :
«relaxez-vous». A l'instant où vous dites ces mots, le sujet va
naturellement dans la direction opposée et fera tout pour rester
maître et conscient de lui-même, sachant que quelque chose
d'important est sur le point de se produire, et qu'il va en être
l'acteur... Dites : « Relaxez-vous, respirez profondément,
maintenant je veux que vous étendiez votre main gauche, et
touchiez avec l'un des objets ..."
Pourquoi la main gauche ? Vous faites cette précision pour trois
raisons. D'abord, nous savons que le fait d'utiliser la main
gauche, assure, chez le spectateur droitier, un déplacement
VERS LA DROITE, donc vers la zone de forçage.

Deuxièmement, le spectateur est dans la plupart des cas, droitier.
Le fait de forcer un droitier à travailler avec la main gauche,
ajoute à sa confusion. Le fait qu'il n'est pas habitué à se servir de
sa main gauche ajoutée aux différents facteurs psychologiques
que nous avons vus plus haut, conduit le spectateur, directement
vers la pièce de 1 F. Enfin, vos dernières paroles semblent
indiquer que vous suivez un plan établi depuis le début de
l'expérience, mais ces indications vous laissent quand même une
possibilité d'alternative : dans le cas où le spectateur prend l'objet
à forcer, les instructions semblent indiquer que l'expérience
s'arrête là, et que vous n'avez JAMAIS eu l'idée d'aller plus loin...
Mais SI, néanmoins le sujet ne prend pas l'objet à forcer, vos
dernières instructions servent d'introduction au démarrage de la
phrase d'élimination, comme si elle avait été prévue depuis le tout
début.

Supposons donc que le spectateur n'a pas touché l'objet à
forcer mais a pris à la place la pièce de 50 ct. Vous lui dites sur
un ton autoritaire : « prenez-le, prenez-le l » le tout avec une
ombre d'impatience, comme si vous lui aviez dit de PRENDRE la
pièce dans vos instructions préliminaires, ce qui ne fut pas la cas
puisqu'au contraire, vous lui avez demandé de TOUCHER une
pièce, mais en ajoutant par la suite ce complément d'information,
vous ajoutez à la confusion et lui faites croire que votre intention
préliminaire était qu'il PRENNE la pièce; et vous enchaînez
aussitôt : «et maintenant prenez aussi la pièce avec la main
droite » puisque comme je vous l'ai déjà dit, on doit faire une
élimination.

Souvenez-vous que vous avez déjà introduit le terme élimination
dans vos toutes premières instructions, aussi l'usage de ce mot,
ici, semble particulièrement logique. En vous servant de
l'alternative "Droite et gauche", vous créez une situation
psychologique qui tend à prouver que vous aviez prévu depuis le
début qu'un objet devait être pris dans chaque main. En vous
servant encore ici du mot élimination, vous vous ouvrez une porte
sur une éventuelle progression du procédé d'élimination, dans le
cas où la chose s'avérerait nécessaire.
A ce point, deux situations sont possibles : ou bien le spectateur
a pris l'objet à forcer avec la main droite, ou bien il ne l'a toujours
pas pris…
Supposons que nous nous trouvions dans le premier cas: vous
donnez alors de nouveau l'idée d'une instruction précise et dites
au spectateur "pesez soigneusement ces deux objets ...nous
avons seulement besoin de l'un d'eux ,aussi donnez m'en un..."
Notez l’ambiguïté de la dernière phrase au verbe "pesé" a été
ajouté le modificatif "soigneusement" de nouveau ,vous donnez
au sujet un esprit à la fois confus et conscient.
Souvenez-vous que dans votre monologue de conditionnement,
vous avez affirmé J'Al seulement besoin d'une pièce. (pour aller
avec ma prédiction...) Cette fois ci, la phrase a été légèrement
modifiée à dessin et le j'ai à été transformé eu NOUS (avons
seulement besoin d'une pièce...)
Ce qui fait que la prochaine action du spectateur est déjà sujette
a deux interprétations. S'ajoutant à cela, suit le terme
ELIMINATION que vous venez de réintroduire au bon moment.
Le spectateur fait une pause et vous tend l'objet à forcer, vous
souriez et vous lui dites : "souvenez-vous, je vous ai dit que
j'avais seulement besoin d'une pièce... C'est celle-ci que vous
avez décidée de me donner, la pièce de 1 F. Voudriez-vous
regarder ma prédiction.
Vous êtes dans ce cas revenu au projet JE du début ignorant le
pronom NOUS que vous aviez introduit quelques instants au
paravent. Dès que cette affirmation est faite, vous levez votre
main avec la pièce de 1 F, et toute votre attention est dirigée vers
elle. Vous fixez vos yeux dessus, en la montrant bien. L'attention
du spectateur est aussi dirigée vers elle, vous oubliez alors l'autre
pièce qu'il tient... et lui aussi...
Si le spectateur ne vous tend pas l'objet à forcer, mais l'autre,
vous le posez immédiatement et pointez l'index sur la pièce que
le spectateur a gardée en disant : «0 K! Vous avez fait votre
élimination, c'est cette pièce que vous avez choisie de garder.
Tenez-la bien haut ».
De nouveau, en changeant le foyer de votre attention vous
changez le foyer de l'attention des autres... car en vous
resservant du mot élimination, vous établissez une continuité
dans l'action, sous-entendant une série d'actions prévues ainsi
depuis le début.
Retournons maintenant au point où le spectateur a prit une pièce
dans chaque mains, et ou ni l'une, ni l'autre n'est la pièce à
forcer... nous allons alors de nouveau utiliser la solution de
l'IMPATIENCE : « Je vous ai dit de faire votre propre élimination ,
posez ces pièces de côté !!!» Le ton de léger agacement de votre
voix laisse présumer au spectateur que vous avez planifié cette
séquence d'actions depuis le tout début...
A ce moment il reste trois pièces sur la table, et l'une des trois est
la pièce à forcer. Vous allez de nouveau demander au spectateur
de faire une action bien particulière. La pièce à forcer était en
position D et elle se trouve donc maintenant à l'extrême droite de
la rangée de trois, ou au milieu, car quel qu'est pu être le choix du
spectateur, seules ces deux solutions sont possibles...
Que la pièce soit au milieu ou à droite, c'est de nouveau notre
avantage de demander au spectateur de faire son choix avec la
main gauche.
Mais cette fois-ci nous allons varier les instructions de façon à les
distinguer de celles que nous avions données précédemment.
« Attention, car maintenant, c'est très important, je veux que vous
étendiez votre index gauche et poussiez une des pièces en avant
».
Notez qu'en disant au spectateur que l'action est importante, vous
maintenez son état de confusion...
Donc, une pièce est poussée en avant...
Si c'est la pièce à forcer vous la prenez et la tenez bien haut, en
vous exclamant : « c'est CETTE PIECE », que vous avez séparé
des autres, vous servant une nouvelle fois de la technique de
l'attention dirigée.
Si c'est une pièce indifférente qui a été poussée vers l'avant, vous
la balayez aussitôt en criant : « Bien ! II ne nous reste plus que
deux pièces... et votre prochaine DECISION Sera la plus importante
de toutes : prenez les deux pièces, il ne reste plus que deux
pièces et seulement deux... L'UNE D'ENTRE ELLES EST POUR
MOI. AUSSI TENDEZ M'EN UNE... ».
Le tout dit avec une certaine impatience... de nouveau, vous
venez de créer une situation a double interprétation... L'une d'elle
est pour moi, est une phrase totalement ambiguë, jusqu'à son
interprétation finale.
Si on vous remet la bonne pièce, vous développez l'idée que la
pièce que l'on vient de vous donner est celle qui va VOUS servir
pour VOTRE prédiction. Dans le cas contraire, vous suggérez au
spectateur qu'il a fini SON élimination et que la pièce qui reste sur
la table est celle que vous avez prédit au tout début de
l'expérience...
Ceci est la technique de base de ce que nous pourrions appeler
I'ÉQUIVOQUE.
Naturellement, cette description a été faite avec un luxe de détails
qui prennent beaucoup d'importance par écrit, mais qui dans le
cours de la routine ne sont que de petites subtilités à peine
perceptibles... Vous aurez remarqué qu'à chaque carrefour de la
routine, nous nous sommes constamment préparés pour une
étape suivante, dans le cas ou nous serions forcés de l'utiliser de
façon à obtenir une continuité logique pour le spectateur. Bien
exécutée, cette technique semble une suite préméditée pour "
s’arrêter là" à quelque moment qu'on l'arrêté ... ni plus ni moins ...
Je me sers souvent de l'équivoque 'avec des pièces comme truc
improvisé. Il arrive quelques fois qu'il me manque une des 5
pièces, je réduis alors le lest A 4 pièces, ce qui le rend plus facile.
La pièce à forcer étant la moins voyante, nous la placerons en C.
Ayant terminé la description de cette routine, je pense qu'il est
bon que je vous suggère quelques routines de scène ou de closeup que vous pourrez faire grâce à elle. Naturellement, au fur et à
mesure que vous vous servirez de l'équivoque, vous trouverez de
nouvelles applications… car vous pouvez bien utiliser ce
«conditionnement verbal» avec n'importe quoi. On peut même se
servir de simples bouts de papier sur lesquels vous inscrivez des
nombres, des couleurs, des dessins et que vous roulez en petites
boulettes, dont vous avez fait une rangée sur la table.
Par exemple, on peut prendre une montre et la mettre sur une
heure précise : 9/10 et placer la montre dans la poche d'un
spectateur. On écrit alors sur diverses feuilles de papier des
heures différentes : 8/17, 10/54, 14/23, 9/12 , 4/55. Grâce au
procédé de l'équivoque, on force la feuille de papier de 9/12. Les
deux minutes qui ont été rajoutées, compensent le temps
nécessaire a faire la routine et lorsqu'on ouvre la feuille de papier
choisie, on y trouve l'heure que marque la montre...
SUR SCENE…
Vous montrez 5 boites identiques, les 4 qui sont éliminées,
contiennent un morceau de charbon, celle qui a été choisie par le
spectateur contient un cadeau, qu'il emporte avec lui (boite de
bonbons etc...).
Vous montrez une rangée de six bouteilles miniatures et celle qui
est choisie par le spectateur, est la même que celle qui est
suspendue bien en vue depuis le début de l'expérience. Suivant
les spectateurs vous changerez l'alcool en soda ou en cigares ou
cigarettes, etc...
Le principe peut même être renversé... que penseriez-vous d'une
routine dans la quelle, toutes les enveloppes délaissées
contiennent un billet de banque, et celle choisie par le spectateur
un papier blanc ?.
Pourquoi ne pas montrer une version non truquée des 5 clés dont
une seulement ouvre un cadenas ?
En fait, il n'y a pas de limites aux possibilités offertes par ce
principe, symbole E.S.P. cartes à jouer, balles de couleur, pièces
d'échecs, crayons, timbre, tout est bon car l'équivoque, mal
présentée est une catastrophe, mais correctement: exécutée, elle
est infaillible :
Phil GOLDSTEIN
NOTES DU TRADUCTEUR


Ouf ! ça y est, tout le petit opuscule est fini de traduire et je vous
le confesse, c'est fait avec tellement d'intelligence que j'ai pris
mon pied en le traduisant.


Comme chacun d'entre-nous, je connaissais la façon de forcer le
troisième objet dans une série de 4 en commençant à compter
par ta droite ou par la gauche, mais ce genre d'élimination dans
laquelle rien n'est laissé au hasard m'a séduit... chaque mot,
chaque pronom, chaque virgule compte et de plus, on voit
apparaître l'utilisation de certains principes qui, s'ils ne sont pas
utilisés pour la première fois, sont CODIFIES ET ANALYSES
POUR LA PREMIERE FOIS :


1/ Le principe de l'Equivoque sorte da question à plusieurs
réponses possibles, et qui n'attend qu'un complément
d'information...

2l Le principe du bourdonnement qui consiste à SURinformer le
spectateur afin de perturber son esprit critique en le forçant à
chercher le FOND dans la FORME de votre discours, dans lequel
il est noyé... l'effort est là, produit au détriment de l'esprit
critique...

3/ Le principe de l'Impatience : qui consiste à apporter le
complément d'in formation qui manquait à l'équivoque et ce,
COmmesi la chose avait été entendue depuis le départ, et comme
si c'est le spectateur qui n'avait pas prêté assez d'attention. Allez
! Prenez-le ! Sous-entendue "affolez-vous et ne nous faites pas
perdre notre temps... » Cet élément en lui-même perturbe
énormément le spectateur cette espèce d'agacerie feinte, qui
sous-entend qu'on est pas encore arrivé au bout et qu'on a
encore une longue route à faire.

4/ Le principe de l'intérêt croissant. Ce principe qui existe dans Ia
conception de l'équivoque selon P.GOLDSTEIN, n'est
curieusement pas relevé par lui dans son analyse et pourtant elle
existe et elle est indispensable à la suite logique de la routine
puisqu'elle sert à établir une progression similaire à celle d'un
numéro qui irait crescendo...
a) Touchez un objet,
b) PRENEZ un objet avec l'autre main,
c) ATTENTION, maintenant c'est IMPORTANT, je veux que vous
GLISSIEZ EN AVANT... d) Votre prochaine DECISION sera LA
PLUS IMPORTANTE DE TOUTES...
La routine peur être arrêtée n'importe où, mais chaque nouvelle
étape est plus FORTE que la précédente, gardant ainsi l'intérêt
perpétuellement relancé.

5/ Le principe de l’attention dirigée dans lequel le mentaliste,
perdant tout d'un coup l’intérêt qu'il avait eu pour ce qui s'est
passé reporte son attention sur le nouveau choix, usant de la vois
et pourquoi des théories du pointing, afin de focaliser l'attention
sur le nouveau choix.



La partie faible de ce jeu de l'équivoque se situe dans le cas ou
deux objets ont été retirés, qu'il en reste 3 sur la table et que celui
qui est poussé en avant qui est l'objet à forcer, car deux objets
ont été éliminés et le troisième choix est le bon. Il faut alors
beaucoup "focaliser"... une solution qui vaut ce qu'elle vaut,
consiste à placer la prédiction dans un petit verre à liqueur ou un
cendrier ou tout objet creux que l'on peut avoir sous la main... dès
que l'on arrive à l'alternative des trois objets qui restent sur la
table, on remontre la en disant «vous vous souvenez que j'ai écrit
quelque chose et l'on repose le verre ou le cendrier juste devant
l'objet à forcer. On demande alors de "pousser" l'un des objets en
avant avec l'index gauche...

Si ce n'est pas l'objet à forcer qui est choisi, la routine continue
normalement. Mais si c'est l'objet à forcer qui est poussé en avant
on continue la phrase que l'on n'avait pas achevée... et mettez-la
dans le verre avec la prédiction... » les autres objets sont alors
retirés eux aussi avec un petit baratin et l'on remet le verre au
spectateur l'objet choisi et la prédiction correspondent... Partant
de là, pour occuper les nombreux jours de pluie de cet hiver,
pourquoi ne pas essayer de bâtir des systèmes aussi élaborés
que celui là avec 6, 7, 8 objets... mais attention plus le nombre
des objets augmente, plus les alternatives deviennent
complexes... à moins que dès le départ, les 10 objets posés
puissent se séparer en deux clans : des rouge et des noirs, des
objets ronds et des objets longs, des chiffres pairs ou impairs,
etc...